Silent Jenny
Une BD de Mathieu Bablet - Rue de Sèvres (Label 619) - 2025
Dans un futur lointain, les insectes pollinisateurs ont disparu à la suite de grands bouleversements climatiques, poussant les humains à arpenter des paysages stériles à bord de "monades" ; des vaisseaux-villages motorisés. C'est dans l'une d'elle que vit Jenny, déterminée à récupérer les dernières traces ADN d'abeilles dans l'espoir de retrouver le monde d'avant...

















Bablet signe ici un très bel album qui questionne, une fois encore dans une science fiction dystopique, notre rapport au monde. Après "Carbone et Silicium", Bablet nous embarque en virtuose dans un univers qui projette ses angoisses. On y retrouve tout ce qui fait la spécificité de Bablet : un scénario dense, un trait identifiable entre mille et des ambiances pesantes. En bref un bel album.
L'univers et le style Bablet, ça passe ou ça ne passe pas. Pour cet album, j'ai été embarqué. Je le classerais en deuxème position derrière Shangri-La. A Lire.
Très beau dessin, belle mise en scène et ... c'est tout ! Le scénario s'étouffe dans son univers visuel et perd rapidement le lecteur. Bref, beaucoup de décorum, mais un fond en carton-pâte.
Oui, le dessin est grandiose et d'une belle originalité et oui, l'univers post-apocalyptique imaginé pour ce récit est réellement immersif. Le problème, c'est que je n'ai eu quasiment aucun plaisir à lire cette BD. Entre un scénario nébuleux et un manque total d'empathie pour les personnages, difficile pour moi d'apprécier. Grosse déception pour ma part.
Je suis en accord total avec Jozef. Pour la première fois, je termine un album de Mathieu Bablet en étant un peu déçu. Le projet est certes titanesque, mais il me manque l'émotion que j'ai ressenti dans shangri la et dans Carbone et Silicium. Malgré ses thématiques , seule domine la descente aux limites de la folie de Jenny, et ça m'a m'a complètement plombé. Il me faudra certainement un bon moment avant de penser le relire.
La crème de la crème de la BD FB - avec ses réussites éclatantes, mais aussi ses (petits) défauts. Certaines scènes sont tout simplement stupéfiantes, et certaines planches sont monstrueuses.
C’est un travail de titan. Bablet y a mis plus de 3 ans de sa vie, c’est énorme. J’ai attendu 2 lectures avant de mettre un avis et une note. Ma première impression c’était 4/5. Puis j’ai relu et j’ai mis 5… certaines scènes sont très justes et touchantes, surtout celles dans la monade. Il y a des petits dialogues très percutants, plus encore quand on connaît la fin.
Bref, un bon gros pavé rempli de sincérité et qui brasse mine de rien pas mal de thématiques. On peut ne pas être d’accord avec l’auteur, mais on ne peut lui enlever sa sincérité et son talent.
J'attendais avec impatience ce nouvel album de Mathieu Bablet ! J'avoue être un peu déçu. La qualité esthétique est toujours au rendez-vous et le travail de l'artiste est faramineux. Malheureusement, je n'ai éprouvé aucune émotion à la lecture de ce récit alors que je trouvais le sujet passionnant. La fin d'un monde, l'extinction des pollinisateurs et donc de l'espèce (humaine ?). Cette civilisation qui tente de survivre en cherchant une lueur d'espoir. Mais ici, on est directement parachuté dans cette nouvelle société sans vraiment saisir le sens, les objectifs, les protagonistes. C'est assez monotone et l'histoire démarre vraiment après 200 pages de lecture sans réel attachement. La trame principale se perd au milieu des différentes communautés présentées et de la douleur de Jenny. Il y a plusieurs sujets traités sans profondeur. Trop de sujets en même temps. J'aurais préféré une narration plus conventionnelle sur cet univers d'anticipation où on aurait pu identifier clairement les strates de cette civilisation, les enjeux autour de la survie de l'espèce, avec plus d'émotion, de danger, de révélation. La fin est expéditive au point qu'on en reste un peu interloqué. On saisit le parallèle avec les problématiques environnementales actuelles mais c'est assez maladroit. Je n'ai pas retrouvé l'émerveillement que j'ai pu avoir à la lecture des précédents titres de cet auteur. Dommage...
« Si l’Abeille venait à disparaître, l’espèce humaine n’aurait que quatre années à vivre ».
Mathieu Bablet semble avoir pris comme point de départ la fameuse formule d’Albert Einstein, qui sonne comme une terrible menace à l’heure du changement climatique. Un thème qui colle parfaitement à l’univers de l’auteur et qui lui permet de signer un nouveau chef d’œuvre, après « Shangri La » et « Carbone et Silicium ». Un univers d’une cohérence totale et reconnaissable au premier coup d’œil, ce qui est l’apanage des plus grands. Ces trois albums majeurs aux allures de trilogie, loin de n’explorer que la science-fiction, sont construits avant tout sur l’humain. Du moins sur ce qu’il en restera quand la technologie, l’intelligence artificielle ou la dévastation écologique se seront emparées de nos corps, nos esprits et notre environnement. L’œuvre que Mathieu Bablet est en train de construire va bien au-delà des codes du genre et permet à chaque lecteur, amateur de SF ou non, d’approfondir ses réflexions sur le devenir de l’humanité.
Dans « Silent Jenny », il est question d’explorer un inframonde microscopique à la recherche d’ADN d’abeille, pour tenter de repolliniser une Terre devenue stérile. Ce futur n’est plus qu’étendues désertifiées parcourues par des monades, d’énormes habitats mobiles montés sur chenilles, faits de bric et de broc, dans lesquels vivent des poignées de survivants. De ses immensités désolées émergent quelques cités et des tours Pyrrhocorp, la toute puissante compagnie qui régente la Planète et pourchasse impitoyablement les monades pour leur mode de vie autonome et indépendant. Quelques autres peuplades y survivent également et les liens qui les unissent tous, amis comme ennemis, sont la clé de leur fragile équilibre.
L’histoire se déroule en partie sur « Le Cherche-Midi », une monade dont l’équipage, principalement féminin, arpente le désert sans jamais s’arrêter. A bord, Jenny, une microïde qui se réduit à l’échelle 10 puissance -2 pour le compte de Pyrrhocorp, risque sa vie au cours de missions toujours plus périlleuses, en affrontant ses peurs dans l’infiniment petit.
Mathieu Bablet redouble d’inventivité pour mettre en place ses décors et dessiner ses personnages. Il prend le temps d’en développer la profondeur, de les faire exister. Sans manichéisme aucun.
Et malgré la complexité de ce background, parsemé de références (de « Mad Max » au « Château ambulant »), le lecteur n’est jamais perdu, tant chaque élément s’imbrique de façon fluide.
La palette ocre et les jeux de lumière qui illuminent les dessins créent des planches somptueuses, profondément immersives. Le trait de Bablet, tantôt rigoureux et géométrique, tantôt libre et organique, est porteur d’une poésie visuelle pénétrante. L’œil s’y égare facilement et s’émerveille sans cesse.
Avec de nombreuses pauses contemplatives, le scenario, qui aurait pu sombrer dans une noirceur désespérée, devient au contraire de plus en plus lumineux, à mesure que Jenny, héroïne solitaire et meurtrie, s’abandonne sur les chemins de sa paix intérieure.
Délivré par petites bribes, le message est magnifique, simple, universel : quoiqu’il se passe, l’Humain avec un grand H, à condition qu’il accepte sa vulnérabilité, pourra toujours gagner.
Un album magistral et troublant.